PLAT PAYS, mon cul – désolé Jacky.
Et des vagues dodues, en veux-tu en voici :
résineux et feuillus
mono-cultures et prairies...
Sonnent,
les clochers sonnent,
les laitières se mettent à meugler
dans le bas de la plaine,
En fermant les yeux,
on pourrait même penser
qu'il s'agit d'un chant de baleines...
Vous sentez ?
Ce fumet de lisier qui vient nous griser les narines ?
– moi ça m'fait le même effet qu'à Proust
en train d'bouffer ses madeleines...
J'imagine...
(Tout me revient !
Foi d'affabulateur !
C'est ici d'où je viens
et nulle part ailleurs !)
Ouais gros !
J’ai pris pour treize ans ferme au milieu des agros
– chacun cultive comme il peut son ghetto.
L'enfant de banlieue, c'est mieux pour le mélo.
Or c'est ici mon milieu, là où je zonais en vélo.
C'est ici que mon élan a trouvé sa source !
Je ne connais que le vent et avec lui ma course !
Tel un cerf-volant, sans en lâcher le fil
– moulinez tranquillement, jusqu'à domicile...
(– évitez de mettre le pied
– trop tard !
...sur l'une des nombreuses bouses
lâchées ça et là
comme autant de mines anti-personnelles
d'un jeu dangereux d'enfant-soldat...
...virtuel)
Ah oui
Ne soyez pas surpris à la vue de nos viandeuses,
Oubliez les Limousines ou les blondes d’Aquitaine,
Je n'ai jamais côtoyé que les blancs-bleus :
vous voyez, ces masses musculaires hypertrophiées sur pattes,
tarées d'un cul si gros qu'on les sort par césarienne,
condition sine qua non de la survie de la race,
avant que ça n'vire au gore, comme dans alien.
Chacune pesant près d'une tonne, une vraie fortune
– j'vous la tronçonne ?
Une p'tite corrida clandestine ?
Non j'déconne...
(On n'est pas des barbares...
Officiellement, la mort n'est pas ici...
On se garde bien de faire visiter les abattoirs
au grand-public pour ne pas lui couper l'appétit...)
(silence)
Dans mon village fantôme, pliés en deux,
m'apparaissent les ombres des ouvriers agricoles,
avec leurs bottes vertes et leurs salopettes bleues,
que je saluais de bon matin sur le chemin de l’école
en suivant la relève qui désertaient sous leurs yeux.
L’exil rural croisant en chemin l’exode urbain !
Sans compter ceux qui rêvaient tracteur déjà bambin...
Je pense à eux, tiens, pris en étau, entre leur santé et monsanto.
Tant de sacrifices, sans même enrichir le père,
mais toujours affamer le fils – tu m'étonnes qu'ils désespèrent.
Je pense aussi à ceux qui sortent du lot
et s'associent aux baboss
pour sauver notre peau à tous.
Un arbre qui tombe fera toujours plus de chaos
qu'une forêt qui pousse.
(silence)
Là d’où je viens,
on n'aime pas trop les caravanes,
je parle pas d'celles qui passent mais stagnent,
celles qu'on habite quand on est aux abois;
Là d'où je viens
colons économes s’en viennent,
pressés par la menace diluvienne.
Bref, un joyeux système féodal bourgeois.
C'est la crise du logement, certes,
mais les agences immobilières,
dieu merci, prolifèrent
aussi vite que les algues vertes...
Ça suffit, j'm'arrête,
arrivé au cul de sac
où j'habitais petit.
Un pylône électrique
en guise de tout eiffel
Comme tout a rétrécit !
Je ne viens pas de la rue, j'vous dis,
je viens de là où la rue s'achève,
– c'est ça,
ma street credibility...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire